Anton Zatzepine
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Anton est ce flâneur qui parcourt l’espace pour en saisir l’effervescence qu’on dit habitée les villes.
Pourtant, guidé par la lumière et le hasard des rencontres, il photographie des passants anonymes dans des instants fugaces, de suspens, d’absence aux autres et à eux-mêmes. L’attention est portée sur les glissements d’attitudes.
Aucune anecdote ne vient perturber ces moments de passages, de transition d’un état corporel à un autre. La ville arpentée semble s’abstraire, tant les images sont dépourvues d’éléments identifiables, pas de panneaux signalétiques ou publicitaires, ni de monuments touristiques à reconnaître, permettant de contextualiser les figures.
La densité du noir, arrière plan sur lequel s’inscrivent ces situations ténues, accentue cette désorientation du regard et contribue telle une surface d’inscription à la projection des pensées du spectateur. A ces visages et corps ordinaires viennent s’ajouter, tels des contrepoints rythmiques, des images énigmatiques peuplées de tracés, de gouttes, de cercles, expansions grouillantes, dynamiques et instables. Le fond noir estompe les limites entre ces deux mondes, celui diurne, urbain, et cet espace abstrait qui fait alterner vision microscopique et macroscopique.
Jeu de dialogue, de court-circuit, les photographies ainsi réunies invitent à la déambulation du regard, à une traversée qui se donne à lire dans une durée, un temps quasi-musical, enchaînant des plans cinématographiques sans montage, récit expérimental entre l’ici et le lointain.
Anton Zatzépine a étudié la photographie à l’Université Paris VIII tout en effectuant de longs séjours à l’étranger principalement au Brésil où il a travaillé au sein de différentes structures photographiques et éducatives.
Photographe et cinéaste, il est également professeur de photographie à l’Académie de la Grande Chaumière à Paris et conférencier au Centre Georges Pompidou autour de l’art contemporain et encadre des ateliers d’accompagnement artistique auprès des jeunes et des adultes.
Ses images fixes ou en mouvement s’articulent autour de l’espace public et de la figure humaine comme lieux de rêves. Il a été notamment lauréat du Porfolio Review des Rencontres Photographiques d’Arles et l’une de ses séries photographiques a inauguré le premier numéro de la revue en ligne Purpose (www.purpose.fr). Ses réalisations sont présentées sous la forme de tirages et en projections, à l’occasion de la Biennale de Bezons et des Rencontres d’Arles (2007 et 2011).
L’espace urbain est son terrain de prédilection. Il est propice pour observer et viser les passants croisés au hasard du regard. Les personnes sont photographiées lors d’un trajet à pied effectué le plus simplement possible. Aucune tension temporelle, le moment de la prise de vue correspond à un temps ordinaire, certains parleront d’un temps faible qui pourrait s’apparenter à celui généralement enregistré par les caméras de surveillance. A la différence, qu’ici les figures humaines sont isolées par le cadrage de leur contexte, de l’environnement dans lequel elles évoluent. Elles sont à la fois mises en valeur et enfermées dans le cadre de l’image qui les morcelle, fragmente. Elles acquièrent le statut de corps tronqués, tronçonnés, de formes abstraites qui tendent vers un devenir sculpture. Ces corps désindividualisés portent cependant une histoire véhiculée par les postures, les gestes, les vêtements et accessoires. Une histoire qu’il resterait à réactiver.
Le dialogue figure et fond joue avec le hors champ suggéré par la lumière. Celui-ci intervient quelque fois dans l’image tel un accompagnement formel, une ponctuation ou bien une menace.
Le mouvement des corps opère un chassé-croisé orchestré tel une chorégraphie.
